Sri Aurobindo fut une belle source d’inspiration durant ma jeunesse. Il m’a enseigné la notion de l’amour divin, que je n’ai ressenti que bien plus tard.

Lorsque j’ai commencé la rédaction des témoignages de la traversée des murs de la prison, un ami m’a fait part d’une oeuvre fabuleuse de Sri Aurobindo intiuluée Savitri, qui m’a beaucoup surprise. Ce que je connaissais de lui ne me laissait pas supposer qu’il avait une telle conscience de la « réalité » qui devenait à présent la mienne.

Je propose ici quelques extraits en guise d’illustration.

Il s’agit d’une très longue oeuvre poétique rédigée en anglais. Il en existe une version traduite en français.

D’autre part, il en existe également une traduction française en prose. Cette version en prose est un travail de traduction remarquable qui propose d’ores et déjà l’entièreté de l’oeuvre, consultable sur le net :

http://savitri.x-air.in/index1.html

http://savitri.x-air.in/files.html

Un extrait de Savitri en français et en prose (I, 2)

Cet immense monde matériel n’est qu’une geôle. En travers de chaque route se tient une loi agressive aux yeux de pierre, à chaque porte des sentinelles géantes et redoutables font les cent pas. Un tribunal lugubre de l’Ignorance, inquisition des prêtres de la Nuit se tient en séance pour juger l’âme vagabonde, et les tables de la loi et les normes karmiques répriment le Titan en nous, et le Dieu tout autant : la douleur avec son fouet, la joie avec son pot de vin d’argent montent la garde autour de la Roue qui tourne sur elle-même. Une bride est imposée au mental pour entraver son ascension et un sceau sur le cœur qui pourrait s’ouvrir trop grand ; la Mort arrête la Vie dans son voyage de découverte. C’est ainsi que le trône de l’Inconscient demeure en sûreté pendant que les méandres interminables des âges s’écoulent et que l’Animal piétine dans l’enclos sacré et que le Faucon d’or est interdit de vol dans les cieux.

—————————————————————————————– 

Extraits du septième Chant du Livre II


Un zèle fanatique promouvait leurs cultes impitoyables,
Toute croyance qui n’était la leur était bannie sous condamnation d’hérésie;
Ils multipliaient les inquisitions, emprisonnaient, torturaient, brûlaient
Ou tuaient, et forçaient l’âme à renier son droit sous peine de mort.
La religion siégeait sur un trône baigné de sang
Parmi les credo conflictuels, les sectes ennemies.
Mille tyrannies opprimaient, exterminaient
Et fondaient l’unité sur la force et la fraude.
L’apparence seule avait valeur de réel :
L’idéal n’était qu’un coup de tête, cynique et ridicule :
Huée par la foule, sujette aux moqueries d’esprits éclairés
La recherche spirituelle, proscrite, s’égarait, –
Tissu rêvé de pensées illusoires
Ou folle chimère, ou bluff hypocrite,
Son ardent instinct à la remorque d’esprits obnubilés
Et perdu dans les circuits de l’Ignorance.
Le mensonge tenait lieu de vérité, le vrai était mensonger.
Le voyageur sur la Voie ascendante –
Car la route vers le ciel doit risquer l’Enfer –
Doit ici s’arrêter, ou lentement traverser cette région périlleuse,
Prières aux lèvres et le Nom magistral.
Si le discernement n’exerce, comme un fer de lance, toute sa subtilité,
Il pourrait s’embourber dans les rets interminables de l’erreur.
Il doit souvent jeter un coup d’oeil derrière l’épaule
Comme s’il sentait sur la nuque le souffle de l’ennemi;
Autrement il serait surpris par de traîtres coups
Qui le renverseraient et le cloueraient au sol maudit,
Le dos percé par le pieu virulent du Mal.
Ainsi pourrait-il s’effondrer sur la route de l’Eternel
Et perdre l’unique occasion de l’esprit;
Aucune mention de lui ne parviendrait aux dieux qui l’attendent,
Il serait porté disparu au registre des âmes,
Son nom l’index d’un espoir raté,
Le classement d’une morte étoile remémorée.
Seuls ceux dont le coeur est fidèle à Dieu étaient saufs :
Portant leur courage comme armure, comme glaive leur foi, ils doivent avancer,
La main prête à frapper, l’oeil aux aguets,
Le regard, aiguisé comme un fer de lance, porté devant,
Braves soldats héroïques des armées de Lumière.
Et même alors, le sinistre danger passé,
Se retrouvant dans un air plus pur, plus calme,
Oseraient-ils enfin respirer, sourire à nouveau,
S’avançant à nouveau sous un vrai soleil.
Même si l’Enfer y affirmait son ascendant, l’esprit ne perdait pas son pouvoir.
Aswapathy traversa ce No-man’s land sans discuter;
Mandaté du ciel, l’Abîme le convoitait :
Personne ne lui barrait la route, aucune voix ne l’interdisait.
Car la descente est rapide et facile,
Et maintenant vers la Nuit il tourna son regard.

Une obscurité encore plus grande l’attendait, un régime pire encore,
S’il se peut là où règne un mal extrême;
Au corps vêtu le corps nu semble pire condition.
Là Dieu, la Vérité et la suprême Lumière
N’avaient jamais pénétré ou bien n’y avaient pouvoir.
Comme celui qui dans une transe profonde glisse momentanément
Dans un autre monde au-delà du mental,
Aswapathy traversa une frontière dont le tracé furtif
Echappait au regard et que seule l’âme pouvait deviner.
Il entra dans un redoutable domaine blindé
Et se surprit à errer comme une âme perdue
Entre des murs immondes et les ignobles bas quartiers de la Nuit.
Autour de lui s’entassaient de grises et sordides huttes
Avoisinant les fiers palais du Pouvoir perverti,
En des arrondissements démoniaques aux parages inhumains.
Le mal dans son orgueil se vautrait dans la déchéance;
Une misère insidieuse dans la splendeur opprimait les sinistres
Et boueux faubourgs des cités de cette vie nébuleuse.
Là la Vie étalait à l’âme témoin
Les profondeurs ombreuses de son étrange miracle.
Déesse forte et déchue, sans espoir,
Déformée, rendue méconnaissable par le néfaste envoûtement d’une Gorgone,
Comme le serait une impératrice se prostituant dans un bouge,
Nue, éhontée, exultant elle releva
La tête, tête funeste de beauté et de charmes impudents,
Et entraînant la panique à poser un baiser frémissant
Entre ses seins sublimes et fatidiques
Elle attira l’esprit en sa chute vers leurs abîmes.
Dans le champ de vision d’Aswapathy elle multipliait
Comme sur un film pittoresque ou sur une plaque mouvante
L’implacable splendeur de ses fastes cauchemardesques.
Sur le sombre fond d’un monde sans âme
Elle mettait en scène entre l’ombre et la lumière blafarde
Les drames de ses douloureuses profondeurs
Inscrits sur les nerfs suppliciés des choses vivantes :
Epopées d’horreur et de majesté lugubre,
De salivantes statues grimaçantes se figeaient dans la fange de la vie,
Un encombrement de formes hideuses et d’actions hideuses
Inhibaient toute pitié dans les coeurs endurcis.
Dans les isoloirs du péché et les repaires nocturnes du vice
De fines infamies de la concupiscence du corps
Et de sordides images gravées dans la chair
Transformaient la luxure en art décoratif :
Abusant du talent de la Nature, sa technique perverse
Immortalisait le grain semé de la mort vivante,
En un gobelet de vase elle versait le vin bachique,
Au satyre elle octroyait la thyrse d’un dieu.
Projetées des profondeurs de la Nuit apparurent
De grossières et sordides inventions, hideuses et macabres,
Impures et sadiques, aux lèvres grimaçantes.
Son art, ingénieux dans la monstruosité,
Ne souffrant aucune tournure ou forme naturelles,
Fosse de traits nus et exagérés,
Prêtait à la caricature une réalité brutale,
Et des parades sophistiquées de formes bizarres et distordues,
Et des masques de gargouilles terribles et obscènes
Bafouaient de leurs simagrées tourmentées les sens écorchés.
Inexorable adoratrice du mal,
Elle glorifiait l’ignoble et sublimait l’ordure;
Un pouvoir dragon d’énergies reptiliennes
Et d’étranges épiphanies de Force rampante,
Et de serpentines splendeurs se vautrant dans la boue
Invitaient à l’adoration des traînées de vase.
La Nature, écartée de son cadre et de sa base,
Se retrouvait tordue en une posture contre nature :
L’aversion stimulait l’inerte désir;
La joie se nourrissait des fortes épices de l’agonie,
L’oeuvre de luxure était confiée à la haine,
Et la torture tenait lieu d’étreinte;
Ces régions étaient habitées par une race envoûtée.
Une force démoniaque terrée au fond de l’homme
Qui réprimée par la loi humaine du coeur se soulève,
Ebahie par le calme et souverain regard de la Pensée,
Peut, dans le feu d’un bouleversement de l’âme
S’élever, et se réclamant de sa nuit originelle
Subvertir la raison, occuper la vie
Et laisser son empreinte sur les fondements ébranlés de la Nature :
C’était pour cette race l’ardent foyer de leur être.
Dieu monstrueux, puissante énergie,
Aux forts exigeante, aux faibles implacable,
Elle fixait, des glaciales paupières de l’idée fixe,
Le monde impitoyable et dur qu’elle avait créé.
Son coeur ivre des âpres vins de l’avidité
Prenait plaisir à la souffrance d’autrui,
À la grandiose musique des fléaux et de la mort.
Le pouvoir et l’autorité étaient le seul bien, la seule vertu :
Elle réclamait le monde entier pour y loger le Mal,
Le sinistre règne totalitaire de son parti
Le destin cruel des choses vivantes.
Tout était standardisé, soumis au même modèle,
À l’invivable absolutisme d’une sombre dictature.
Dans les rues, les maisons, les conseils, les tribunaux
Aswapathy rencontrait des êtres à l’apparence humaine
Qui par leur discours semblaient voguer sur les ailes de la pensée
Mais qui entretenaient pourtant tout ce qui est vil et sous-humain,
Et plus ignoble encore que la plus humiliante reptation du serpent.
La raison qui permettrait de se rapprocher des dieux
Et par le truchement du mental planer haut dans les cieux,
Rehaussait uniquement de ses rayons éclairants
L’infuse monstruosité de leur nature perverse.
Souvent, étudiant un visage familier
Agréablement rencontré à quelque dangereux tournant,
Espérant reconnaître un regard lumineux,
Aswapathy, averti par l’oeil intériorisé de l’esprit,
Décelait soudain la griffe de l’Enfer,
Ou discernait, par un sens intérieur qui ne trompe jamais,
Dans l’apparence d’une forme digne et virile
Un démon, un lutin, un vampire.
Il y régnait l’insolence d’une force au coeur de pierre,
Puissante, impérative, sanctionnée par la loi du Titan,
Le rire immense d’une gigantesque cruauté,
Les réjouissances féroces d’une violence d’ogre.
Dans cette grande tanière cynique de bêtes pensantes
On y chercherait en vain trace de pitié ou d’amour;
On n’y trouvait nulle part soupçon de tendresse,
Mais seule la Force et ses acolytes, haine et cupidité :
Aucun soulagement à la souffrance, personne à sauver,
Car personne n’osait résister ou prononcer de nobles paroles.
Sous l’égide du Pouvoir tyrannique,
Contresignant les édits de son règne terrible
Et les scellant de torture et de sang,
La nuit proclamait au monde ses slogans.
Un silence servile aux fortes oeillères faisait taire le mental
Ou ne répétait que leçons apprises,
Tandis que, coiffé de la mitre et tenant le bâton du pasteur,
Le mensonge intronisait en des coeurs prosternés et révérencieux
Les cultes et croyances qui consacraient la mort vivante
Et sacrifiaient l’âme sur l’autel de l’imposture.
La déception régnait partout, et chacun la nourrissait;
La vérité ne pouvait vivre dans cette ambiance étouffante.
Là la misère croit en son plaisir,
Peur et faiblesse se complaisaient en leurs sordides abîmes;
Tout ce qui est abject, ignoble, mauvaise intention,
Tout ce qui est terne, pauvre et misérable
Se contentait négligemment de l’air ambiant
Ne sentant aucun besoin de libération divine :
Arrogants, se moquant d’ennoblissement,
Les habitants des gouffres méprisaient le soleil.
Une autarcie bornée écartait la lumière;
Arrêtée en sa volonté d’affirmer sa grisaille
Elle se targuait de ses normes singulières, de son caractère unique :
Elle apaisait sa faim en rêvant de pillage;
Affichant en guise de couronne sa croix de servitude
Elle tenait à sa lugubre et sévère autonomie.
Les fiers-à-bras rugissaient de leur voix de stentor;
Une clameur soutenue, éhontée, remplissait l’Espace
Menaçant ceux qui osaient vers la vérité se tourner,
Revendiquant le monopole de l’oreille écharpée;
Un consentement tacite sanctionnait le tout,
Et clamés dans la nuit les dogmes hâbleurs
Entérinaient, pour l’âme déchue autrefois considérée divine,
La morgue de son abyssal absolu.
Solitaire explorateur en ces régions comminatoires
À l’abri du soleil comme une termitière,
Accablé par la foule, le bruit, les crises, la commotion
Passant d’un crépuscule au suivant encore plus profond, encore plus dangereux,
Aswapathy lutta contre des pouvoirs qui au mental dérobaient toute sa lumière,
Et se débarrassa de leurs influences tenaces.
Il se retrouva bientôt en un sombre espace sans murs.
Il avait quitté les régions peuplées;
Il marchait entre les larges talus du soir tombant.
Autour de lui s’élevait désolé un vide spirituel,
Un désert menaçant, la sinistre solitude
D’un mental démuni ouvert à d’invisibles assauts,
Une page vierge où pouvaient s’inscrire à volonté
Et sans contrôle de monstrueux et désolants messages.
Un point se déplaçant sur les pentes du Crépuscule
Parmi des champs incultes, des granges, des huttes disséminées
Et quelques arbres chenus, fantomatiques,
Il éprouvait une sensation de mort et de néant conscient.
Mais y persistait invisible une Vie hostile
Dont l’allure cadavérique ne supportant ni lumière ni vérité
Rendait la vie une simple et morne brèche dans la nullité.
Il entendit les voix macabres du démenti;
Assailli de pensées qui pullulaient comme des hordes spectrales,
Proie des ténébreux fantômes qui le guettaient
Et de l’épouvante qui tendait sa gueule meurtrière,
Poussé toujours plus bas par une étrange volonté,
Le ciel au-dessus un communiqué du Destin,
Il s’efforçait de prémunir du désespoir son esprit,
Mais sentait toute l’horreur de la Nuit grandissante,
Sentait monter l’Abîme pour engouffrer son âme.
Puis disparut toute trace de créature ou de forme,
Et la solitude l’enveloppa en ses plis taciturnes.
Tout soudain s’éclipsa comme une pensée biffée;
Son esprit devint un gouffre vide aux écoutes,
Désencombré de la morte illusion d’un monde :
Il ne restait rien, même pas la face du mal.
Il était seul avec le morne python de la Nuit.
Un innommable Néant, dense, conscient, sourd,
Qui sans corps ni mental semblait vivant,
Ambitionnait d’annihiler tous les êtres
Pour être toujours seul et dépouillé.
Comme entre les mâchoires impalpables d’une bête informe,
Empoigné, étranglé par cette tache visqueuse et assoiffée,
Attiré par une gueule noire et gigantesque,
Par une gorge rapace, par un ventre immense et funeste,
L’être d’Aswapathy disparut à ses propres yeux
Entraîné en des gouffres qui s’acharnaient à le perdre.
Un vide sans formes étouffait son cerveau récalcitrant,
Une froide et sinistre obscurité opprimait sa chair,
De tristes suggestions susurrées refroidissaient son coeur;
Hâlée par une force reptilienne de sa chaleureuse demeure
Et traînée jusqu’à l’anéantissement dans un vide désoeuvrant,
D’un souffle haletant la vie s’agrippait à son socle;
Le corps d’Aswapathy était lapé par une langue ténébreuse.
Etouffée, l’existence s’efforçait de survivre;
Etranglé, l’espoir agonisait dans son âme vidée,
Abolies, foi et mémoire succombaient
Et tout ce qui soulage sur sa route l’esprit.
Une peur inexprimable, indéfinissable,
Courait en tous ses nerfs tendus et endoloris,
Y creusant une vive et poignante cicatrice.
Comme la mer s’approche d’une victime pétrifiée,
L’approche du monstre effrayait son mental toujours inconscient
D’une implacable éternité
D’intolérable souffrance inhumaine.
Il doit le supporter, sa foi au paradis aliénée;
Il doit continuer d’exister sans trêve, sans la paix de l’extinction,
Dans un Temps long et douloureux, dans un Espace torturé,
Un néant tourmenté son inachevable condition.
Sa poitrine n’était plus que vide sans vie,
Et là où s’était abritée déjà la lumière de la pensée
Ne restait plus, comme un pâle fantôme sans mouvement,
Qu’une impossibilité de croire et d’espérer
Et la terrible condamnation d’une âme vaincue
Toujours immortelle mais dépossédée de sa divinité,
À soi-même perdu, à Dieu, à tout espoir de mondes plus favorables.
Il persista, calma la vaine terreur, supporta
Les vrilles suffocantes de l’agonie et de l’effroi;
Puis il retrouva la paix et le regard souverain de l’âme.
À l’horreur du vide une Lumière tranquille répondit :
Immuable, au-delà de la naissance et de la mort,
Puissant et silencieux, le Dieu en lui s’éveilla
Pour confronter la souffrance et le danger du monde.
Il maîtrisa d’un regard les flux de la Nature :
De son seul esprit il affronta la nudité de l’Enfer.
  

————————————————————————————–

Le monde du mensonge, la mère du mal et les fils de l’obscurité, tel est le titre du huitième chant du Livre II de Savitri, dont voici quelques-unes des premières lignes.

 

C’est alors qu’Aswapathy aperçut le coeur de la Nuit
Qui dissimulé accouchait dans son inconscience brute
D’une terrible Ineptie sans bornes.
Il y avait là un Infini, vide et sans esprit;
Une Nature qui refusait d’admettre la Vérité éternelle
Dans la vaine liberté hâbleuse de sa pensée,
Croyait abolir Dieu pour seule régner.
Là, aucun Hôte souverain, aucune Lumière témoin;
Sans autre la Nuit créerait son propre monde de désolation.
Ses grands yeux aveugles s’ouvraient sur une activité démoniaque,
Ses oreilles, sourdes, écoutaient le mensonge par ses lèvres muettes proféré;
Son immense et malencontreuse imagination prenait des proportions immodérées,
Son irrationnelle sensibilité bruissait de sauvages prétentions;
Instituant la brutalité en principe de vie
Le mal et la douleur engendraient une âme monstrueuse.
Les Anarchistes des gouffres informes se dressèrent,
D’immenses Titans, des pouvoirs démoniaques,
Des ego cosmiques obsédés de pensées et d’intentions lubriques,
De vastes intellects, des vies immenses et sans esprit intérieur :
Ces architectes forcenés des masures de l’erreur,
Maîtres de l’ignorance et du malaise universels,
Grands patrons de la souffrance et de la mortalité
Incarnaient les Idées macabres de l’Abîme.
Une substance spectrale pénétra le vide,
Et dans le Néant brouillon d’indistinctes formes se coagulèrent,
Un Espace hostile fut créé par la rencontre de remous
Et dans ses noirs replis l’Être imagina l’Enfer.
Les yeux d’Aswapathy perçant les ténèbres triplement blindées
En épousaient le regard aveugle :
Adaptés à l’obscurité contre-nature, ses yeux pouvaient voir
L’irréalité devenue réalité et Nuit consciente.
Un monde formidable, violent et redoutable,
Une ancienne matrice de rêves aussi gigantesques que désatreux,
Se lovait comme une larve dans l’obscurité
Qui la protégeait des feux stellaires du Ciel.
C’était le seuil d’un faux Infini,
Une éternité d’absolus calamiteux,
Une immense négation de choses spirituelles.
Tout ce qui dans la sphère de l’esprit était en soi lumineux
Ici se trouvait obscurément changé en son contraire :
L’être s’effondrait en un vide dénué de sens,
Un zéro pourtant géniteur des mondes;
L’inconscience résorbant le Mental cosmique
Faisait jaillir de sa léthargie mortifère un univers;
La béatitude, chue dans un noir coma, se replia
Indifférente sur elle-même, et l’éternelle joie de Dieu
En cette contrefaçon, cette figure poignante de la souffrance
Clouée douloureusement à la croix
Fixée au sol d’un monde obtus et insensible
Où naître est une angoisse et mourir une agonie,
De crainte que tout de nouveau ne regagne la béatitude.
La pensée, prêtresse de la Perversité,
Siégeait sur le noir trépied du Serpent triple en un
Pour déchiffrer à rebours, par signes opposés, le script éternel,
Sorcière renversant l’ordonnance divine de la Vie.
En d’étranges, sombres et infernales basiliques,
En ses nefs ténébreuses, où des yeux malveillants tenaient lieu de cierges,
En son abside, où psalmodiaient les voix de la fatalité,
L’Initiée des sinistres profondeurs
Entonnant la magie du Verbe profane
Accomplissait le rituel de ses Mystères.
Là la Nature se nourrissait sans répit de souffrance,
Aliment appétissant au coeur et à la chair angoissés,
Le supplice étant la formule désignée du plaisir,
La douleur parodiant l’extase céleste.
Là le Bien, de Dieu le jardinier perfide,
Arrosait de vertu l’arbre empoisonné du monde
Et, soucieux de la parole et de l’action apparentes,
Greffait ses fleurs hypocrites sur un mal originel.
Toute chose noble servait son infernal contraire,
Et les formes des Dieux exerçaient un culte satanique,
La face du ciel devenue un masque et un appeau de l’Enfer.
Là, au coeur du monstrueux phénomène,
Au centre convulsif d’une immense activité,
Aswapathy vit une Forme vague et sans limites
Enfourchant la Mort qui ravale tout ce qui naît.
Ses sinistres yeux immobiles qui déparaient une face fixe et glaciale,
De son bras tendu sa main spectrale qui portait un trident maléfique,
Transperçaient les créatures, les accablant d’un sort sans recours.
 



maman89 |
*~~ Lili ~~* |
blogdavid |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | blog info
| Amour de la sagesse
| Le Blog de Yann